Avant-propos
J’ai vu ma mère pleurer.
Pleurer pour sa propre mère.
Et je crois que ce jour-là, quelque chose s’est fissuré en moi.
Ma grand-mère vivait seule, abandonnée par un mari coureur de jupons, parti refaire sa vie ailleurs, comme si la sienne n’avait jamais compté.
Cette histoire, je la connaissais. On en parlait à demi-mot. On murmurait plus qu’on n’expliquait.
Dans ma tête d’enfant, les questions cognaient :
Pourquoi avait-elle supporté cela ?
Pourquoi était-elle restée mariée à lui jusqu’à sa mort ? Pourquoi tant de loyauté pour un homme qui ne la protégeait pas ?
Mais, j’étais trop jeune. Trop sage. Trop bien élevée pour demander.
Plus tard, ma mère m’a dit simplement :
« Elle l’aimait… et à l’époque, on faisait ainsi ».
Cette phrase m’a longtemps poursuivie.
Alors, j’ai imaginé qu’un autre choix était possible.
Qu’un autre destin pouvait s’écrire.
Dans mon esprit, je lui ai offert une autre vie.
Une vie, où elle aurait osé choisir.
Et c’est ainsi que cette histoire a commencé.